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  Brèves de psychologie  

L' Ecole aide à grandir : Le cas de VERONIQUE.

Septembre 2005. Grande section Maternelle.
Véronique est une fillette de petite taille, apeurée, n'osant rien faire en classe. Elle ne s'exprime pas, regarde avec de grands yeux, sans comprendre ce que l'on attend d'elle. Gilberte, son enseignante, s'inquiète à juste titre de son développement.

Véronique n'a pas encore vraiment été scolarisée, sa maman, Myriam, étant trop malade pour l' emmener à l'école. Atteinte d'une maladie rare et grave, elle se bat pour rester en vie tout simplement. L'éventualité d'une séparation les inquiète autant l'une que l'autre.
Myriam a voulu "profiter" le plus possible de la présence de sa fille à la maison. Elle veut lui apporter tout ce qu'elle peut avant l'éventualité du pire.
Véronique le sent et le ressent, elle obéit à l' INJONCTION MATERNELLE INCONSCIENTE "ne grandis pas", ou du moins "pas trop vite".

L'année dernière, la maladie s'est stabilisée quelques semaines. Durant ce repit, la séparation fût envisagée. Mais en tout, Véronique n' a pas passé plus de deux mois en moyenne section de maternelle.
"De toute façon, l'école n'est obligatoire qu'à partir de 6 ans !" répondit Myriam à Gilberte et à la directrice quand celles-ci l'interrogeaient sur le retour problable de Véronique.

Cette année, c'est la grande section. Véronique est complètement dépassée par les évènements.
Elle ne comprend pas ce qui se passe autour d'elle. Les enfants bougent et s'agitent, parlent, se chamaillent dans un brouhaha qu'elle ne saisit pas.

Depuis la rentrée, à la demande de la directrice, Myriam fait en sorte que Véronique vienne régulièrement en classe. Elle est toujours aussi malade, mais a compris qu'elle empêchait le développement de sa fille.

Après un premier trimestre difficile, Véronique fait des progrès constants. Elle ose prendre la parole pour faire une demande à un adulte. Elle a compris la plupart des consignes de travail et sait ce que l'on attend d'elle.
La maîtresse a pris beaucoup de temps avec Véronique pour l'apprivoiser et lui expliquer comment ça fonctionne dans la classe et à l'école.
Enfin, progressivement, vers la fin du premier trimestre, après maintes sollicitations délicates de Gilberte, Véronique a lâché cet adulte-refuge pour répondre aux invitations des autres petites filles à jouer ensembles.

Pour Véronique, depuis ce début d'année 2006, l'école est devenue un lieu de vie, stimulant et sécurisant. Un lieu où elle peut s'épanouir à son rythme, où enfin elle peut grandir.

Brève de Psy : QUAND TOUT BASCULE !

Le visage inexpressif, les cheveux devant les yeux,
Amélie se tient face à moi.
La tête baissée, elle évite de croiser mon regard.
D'emblée, je vois que quelque chose ne va pas.
Amélie répond à mes questions de façon atone,
regardant parfois par dessus ses lunettes.
Bien qu'ayant 11 ans, Amélie en paraît 9.
Elle habite encore un corps d'enfant assez loin de l'adolescence.

Scolarisée en CM2, Amélie rencontre des difficultés scolaires
depuis son entrée dans le primaire.
Amélie a redoublé le CE1.
Depuis, elle passe de classe en classe en traînant des lacunes
qui s'aggravent avec le temps.

Amélie est trop préoccupée pour apprendre.
Sa vie s'est fissurée petit à petit.

C'est Véronique, sa grande soeur,
qui a brisé le mur du silence.
Son père abusait d'elle depuis plusieurs années.

Lors d'une visite du médecin scolaire,
Véronique éclate en sanglots et se confie.
Ses paroles sont trop graves pour être gardées
sous le secret professionnel.
Le médecin scolaire fait un signalement au Juge des enfants.

Le père, en l'absence de sa femme, le soir,
donnait le bain à ses filles et allait les rejoindre
dans leur chambre pour "le bisou du soir".
Quand la mère rentrait, après sa journée passée
à la caisse d'un grand magasin, tout le monde était couché.
Le silence était installé comme une chape de plomb.

Après, les choses s'enchaînent rapidement.
La famille éclate.
Le procès du père a lieu.
Il est maintenant emprisonné depuis 4 ans.

Les deux soeurs sont placées dans
un foyer d'accueil de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE).
Toutes deux vont également à des séances de psychothérapie.
Véronique arrive à parler des abus sexuels dont elle a été victime.
Amélie ne dit rien, comme verrouillée de l'intérieur.

L'éclatement de la famille a lieu justement pendant la fin du CP
et le premier trimestre de CE1 d'Amélie.
Difficile pour elle d'être disponible aux apprentissages scolaires
quand on vit ce type d'épreuve.

La mère n'a plus le droit de garde de ses filles,
car elle est accusée de "non dénonciation de mauvais traitements".

Après l'accueil d'urgence dans ce foyer de l'ASE,
ce sont les grands parents maternels qui prennent le relais.
Le Juge des enfants demande une Aide Educative en Milieu Ouvert (AEMO).
Une éducatrice vient régulièrement voir les deux soeurs
et les grands-parents pour discuter du quotidien
et voir si des aides spécifiques sont nécessaires.

Au vu des évaluations intellectuelles (QI),
Amélie possède les capacités pour poursuivre
sa scolarité en collège avec une aide spécifique
sous forme de Coaching Scolaire,
pour lever les freins et la forte inhibition psychologique
qui l'habite (en lien avec la culpabilité qu'elle ressent
d'avoir fait mettre son père en prison).


Il s'agit d'une famille ordinaire au destin tragique
dont personne n'est à l'abri.

Quand l'un ou les deux parents sont déficients,
défaillants, voire toxiques, il s'avère important
pour des êtres en devenir de retrouver un lieu
où les repères sont sains, dans la bienveillance
et l'acceptation inconditionnelle.

Aujourd'hui, Amélie est une élève en devenir
en classe de sixième ordinaire.



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